Le lac Léman face à la transition climatique
Cet hiver, les eaux du Léman ne se sont une nouvelle fois pas entièrement brassées. Essentiel à la survie des espèces aquatiques, le brassage des eaux est impacté par la hausse des températures et d’autres phénomènes.
Pour la quatorzième année consécutive, le lac Léman n'a pas connu de brassage hivernal complet. Il n'a atteint qu'environ 140 mètres sur les 309 mètres de profondeur maximale. Le brassage dépend de deux conditions: des hivers suffisamment froids et des épisodes venteux marqués. Avec le réchauffement climatique, ces phénomènes se raréfient. En découlent une stagnation des eaux profondes et une réduction des échanges entre les profondeurs et la surface.
Manque d’oxygène et de nutriments
Conséquence: l'oxygène de la surface ne parvient pas jusqu'aux grandes profondeurs. L’hypoxie, c’est-à-dire le manque d’oxygène dans l’eau, peut avoir de lourdes conséquences pour la vie aquatique. Selon les mesures effectuées par la Commission internationale pour la protection des eaux du Léman (CIPEL), la concentration moyenne annuelle en oxygène dans les eaux profondes est seulement de 1.6 mg/L, un niveau insuffisant pour couvrir les besoins de la plupart des organismes vivants.
Par ailleurs, les nutriments restent piégés dans les profondeurs du lac, alors qu’ils sont indispensables au phytoplancton et à l'ensemble de la chaîne alimentaire.
Chasse à la moule quagga
La gestion des espèces invasives est également un enjeu majeur pour la biodiversité aquatique. La moule quagga préoccupe les spécialistes depuis plusieurs années, puisqu’elle modifie profondément le fonctionnement écologique du Léman. Deux études de la CIPEL montrent que cette espèce, originaire du bassin de la Caspienne, a colonisé le lac jusqu’à 250 mètres de profondeur.
Impact des températures extérieures
Les températures moyennes saisonnières ont été constamment supérieures aux normes mensuelles. En 2025, les eaux de surface se sont réchauffées de 1.7 degré par rapport à la période de référence 1991-2020. La température moyenne au fond du lac a atteint 6.5 degrés, un record historique, conséquence d’une augmentation continue de + 0.1 degré par an depuis 2012.
Diminution du phosphore dans l’eau
Une bonne nouvelle toutefois: grâce aux actions conjointes de la France et de la Suisse, chapeautées par la CIPEL, la concentration en phosphore total a fortement diminué. La construction et l’amélioration des stations d’épuration, l’interdiction des phosphates dans les détergents et la réduction des apports agricoles ont permis de passer à 15.6 microgrammes par litre en 2024, son niveau le plus bas depuis 1970.
