Viticulture - Mesures urgentes et autres démarches de soutien pour le secteur
Confronté à la concurrence des vins étrangers, à la baisse générale de la consommation d’alcool et à la pression des coûts de production, le secteur vitivinicole est en crise, en Suisse en général et en Valais en particulier. Faisant suite à deux postulats urgents adoptés en décembre dernier par le Grand Conseil, le Conseil d’Etat propose deux crédits pour des mesures d’urgence en faveur de la vitiviniculture valaisanne, pour un montant total de 1.6 million de francs. Il propose également plusieurs modifications urgentes de l’ordonnance sur la vigne et le vin. En parallèle, le canton s’engage auprès de la Confédération pour une adaptation du mode d’attribution du contingent d’importation des vins étrangers, selon le principe de la prestation indigène. Il demande en outre une utilisation appropriée du budget supplémentaire pour les améliorations structurelles en viticulture.
Le Conseil d’Etat se mobilise pour apporter des solutions à la crise que traverse le secteur vitivinicole. En réponse à deux postulats urgents déposés en décembre dernier au Grand Conseil, il propose au Parlement d’allouer deux crédits supplémentaires pour des mesures d’urgence. Le premier, d’un million de francs, doit permettre la mise en place d’une action de promotion des vins valaisans dans le secteur de l’hôtellerie, de la restauration et des cafés de toute la Suisse, sur le modèle de l’action « 200 pour 1000 » conduite à la suite du Covid. Tout restaurateur ou hôtelier établi en Suisse qui effectue des achats de vins AOC Valais pour un montant total de 1000 francs auprès d’un ou plusieurs producteurs bénéficiera d’un bon d’une valeur de 200 francs à faire valoir pour des vins AOC Valais auprès d’un producteur établi en Valais. Cette mesure devrait être cofinancée par l’Interprofession de la vigne et du vin (IVV) pour un montant équivalent. Le second crédit, de 600'000 francs, est proposé pour soutenir l’arrachage volontaire de vignes dans des secteurs fortement infestés par la flavescence dorée, à raison de 3 francs par mètre carré, jusqu’à un total de 25 hectares. Validées par l’Office de la vigne et du vin, les surfaces bénéficiant de cette mesure devront être impérativement arrachées avant le 20 mai 2026 et les ceps évacués dans le même délai.
En revanche, le Conseil d’Etat renonce à mettre en œuvre une vendange en vert. Il estime que les fonds nécessaires pour cette mesure (10 millions de francs) sont trop importants en regard des effets attendus. La suppression temporaire de la récolte sur près d’un dixième de la surface du vignoble valaisan ne pourra que difficilement influencer le marché, ni contribuer significativement à un effet bénéfique sur le prix du raisin. Il n’appartient pas aux contribuables valaisans d’assumer financièrement les conséquences d’une de protection à la frontière insuffisante des vins suisses. C’est pourquoi le Conseil d’Etat s’engage fortement pour modifier le mode actuel d’attribution du contingent d’importation des vins étrangers, en privilégiant le principe de la prestation indigène, qui implique l’obligation d’achat de vin suisse pour obtenir des droits d’importation. Au niveau fédéral toujours, le canton salue la décision du Parlement d’accorder un crédit supplémentaire de 10 millions de francs pour les améliorations structurelles en 2026.
Le Conseil d’Etat propose également plusieurs modifications urgentes de l’ordonnance sur la vigne et le vin : une précision des notions de vigne abandonnée et mal travaillée, l’exclusion de la production de raisin AOC Valais des vignes dont l’exploitation n’est pas conforme aux bonnes pratiques viticoles, la possibilité de cultiver des cépages pour la production de raisins de table dans l’aire viticole et une augmentation des compétences de l’IVV en matière de fixation des limites quantitatives de production. La crise actuelle relevant essentiellement d’un problème de marché, il est important que l’IVV puisse pleinement assumer sa mission légale de gestion de l’offre.
Toutes ces mesures et démarches s’inscrivent dans un contexte de crise vitivinicole. Le secteur souffre depuis plusieurs années de la concurrence déloyale des vins étrangers. De plus, la baisse de la consommation de vin s’accentue et touche plus particulièrement les vins suisses (-16% en 2024). Le Valais, plus grand canton viticole du pays, subit massivement cette situation : la consommation des vins valaisans accuse un recul de 20% (6.7 millions de litres) entre 2023 et 2024 et le rendement brut de la viticulture valaisanne (volume de récolte multiplié par le prix du kilo de raisin payé au producteur) est tombé à 120 millions de francs en 2024, en baisse de 44 millions de francs par rapport à 2023. Le faible volume de la récolte 2025 (35.6 millions de kilos, soit + 5% par rapport à 2024) ne suffira pas à compenser la perte au niveau du prix du raisin. Le rendement brut 2025 devrait donc être encore inférieur à celui de 2024.
Le Conseil d’Etat croit en une viticulture valaisanne forte et valorisante, comme le démontrent les moyens importants mis à disposition de la branche pour construire l’avenir dans le cadre du projet Vignoble du 21e siècle. Le secteur doit néanmoins se redéfinir profondément. Dans ce sens, des travaux de révision de l’ordonnance cantonale sur la vigne et le vin sont actuellement menés en étroite collaboration avec la branche, pour une entrée en vigueur en 2028. Le Conseil d’Etat est convaincu que le vignoble valaisan trouvera sa viabilité dans une transition d’une production de volumes vers une production de valeurs.
