Coup d’œil dans les archives de l’Etat Internement pendant la Première Guerre mondiale : entre tradition humanitaire et raison d’Etat
La neutralité entre aide humanitaire et économie
On entend par internement l’accueil et l’hébergement, dans un Etat neutre, de militaires ou de civils étrangers pendant une guerre. Les Conventions de La Haye de 1907 en constituaient la base juridique.
A partir de 1916, la Suisse accueillit des milliers de prisonniers de guerre blessés. Au total, plus de 67 000 personnes trouvèrent temporairement protection dans le pays. Environ dix pour cent d’entre elles furent hébergées en Valais, notamment à Montana, Brigue, Viège ou Zermatt.
L’internement associait aide humanitaire, intérêts politiques et considérations économiques. Il contribua à renforcer la crédibilité de la neutralité suisse, tout en atténuant les conséquences du déclenchement de la guerre sur le tourisme dans les stations alpines. De nombreux internés furent logés dans des hôtels et assurèrent, en tant que « hôtes de guerre », la survie de nombreux établissements. Les frais d’hébergement et de soins étaient pris en charge par leurs pays d’origine.
Des photographies et des documents conservés dans les fonds d’archives montrent notamment le personnel hôtelier à Zermatt ou la visite du général français Paul Pau auprès de soldats internés. Ils illustrent l’interaction entre aide humanitaire et intérêts économiques.
Organisation et engagement au quotidien
L'accueil des réfugiés a nécessité une organisation minutieuse, étroitement liée à l’engagement de la population locale. Les documents d’archives montrent comment les internés étaient recensés puis répartis sur différents sites. Des listes répertorient les noms, l’origine et le grade militaire, comme c’est le cas par exemple pour des réfugiés belges à St-Nicolas.
Outre les hôtels, des ménages privés furent également sollicités. Des formulaires renseignent sur les familles disposées à accueillir des réfugiés et sur les critères selon lesquels elles étaient évaluées. Des comités de secours — souvent portés par des ecclésiastiques et des femmes — organisaient cet accueil et ont marqué de manière décisive le quotidien des internés.
En Valais, l’aide concernait principalement des réfugiés français et belges, le soutien à la Belgique revêtant une importance particulière. Les listes d’enfants hébergés dans le Bas-Valais sont particulièrement frappantes. Des noms biffés soulèvent des questions sur ce qu’ils sont devenus.
L’art comme témoignage d’une époque
Aux côtés des documents administratifs, les sources artistiques offrent également un éclairage sur l’expérience de l’internement. L’artiste valaisan Edmond Bille traduisit ses impressions dans des représentations saisissantes, notamment celle d’un train transportant des soldats blessés, conduit par la Mort figurée sous les traits d’un squelette — une image entre menace et espoir.
Un autre exemple est celui de l’artiste français Marcel Gillon, qui réalisa dessins et caricatures durant son internement à Loèche-les-Bains. Ses œuvres ouvrent une perspective personnelle sur le quotidien et le regard des internés.
Un chapitre aux multiples facettes
L’internement pendant la Première Guerre mondiale a réuni aide humanitaire, stratégie politique et intérêts économiques. Les sources conservées aux Archives de l’Etat du Valais montrent que ce terme recouvre bien davantage qu’une simple mesure administrative : elles rendent visible l’étroite imbrication entre organisation étatique, engagement social et expériences individuelles.